[Littérature] Journal T. 1 et 2 par Fabrice Neaud

9 Feb

[Littérature] Journal T. 1 et 2 par Fabrice Neaud

Fabrice Neaud a sorti le premier tome de son Journal en 1996, il y a donc presque 17 ans déjà. 17 ans c’est énorme alors je comprends que certains seront réticents à l’idée de lire une bande dessinée qui date d’il y a presque 20 ans. Vous vous dîtes que le dessin sera vieux, que les propos seront dépassés et que vous n’accrocherez pas à un récit qui date de 17 ans. Et bien détrompez-vous car c’était sans compter le talent de Fabrice Neaud. Et je crois qu’à ce stade là nous pouvons même parler de génie.

Le Journal de Fabrice Neaud est tout simplement un bijou de la bande dessinée ou du roman graphique, chacun dira comme il veut. Je me concentre ici uniquement sur les tomes 1 et 2 puisque je n’ai pas encore lu les tomes 3 et 4. Ici, pas d’histoire pompeuse, pas d’intrigue de science-fiction, simplement le quotidien de Fabrice Neaud dans les années 1990 alors qu’il est un jeune homosexuel. Ses rencontres, son amour, ses galères, ses pensées… Dis comme ça je suis certaine que vous vous dîtes “ok, rien de fou donc”. Mais dès les premières pages, on peut sentir que ce qu’on s’apprête à lire sera différent.

Le récit de Fabrice Neaud est tout simplement poignant et criant de justesse. Si je ne devais choisir qu’un terme pour décrire l’oeuvre de Fabrice Neaud je dirais “juste”. Tellement juste que ça nous retourne le coeur, que ça nous fait vibrer et que ça nous chatouille les tripes. C’est avec une justesse et une sobriété de dingue que Fabrice Neaud nous raconte la douleur d’aimer quelqu’un qui ne nous aime pas en retour. La douleur, la souffrance, l’envie de crier au monde que l’on est malheureux, l’envie de tout faire pour que cela change et pourtant ne rien pouvoir faire, absolument rien à part attendre. Attendre que la douleur passe, que la page se tourne, que notre coeur et notre cerveau veuillent bien laisser un peu de repos à nos sentiments.

En fait, je dirais que le fait que Fabrice Neaud soit homosexuel est presque anodin car c’est avant tout d’amour dont il est question dans ce récit. Homosexuel ou hétérosexuel, peu importe. Tout le monde comprendra les mots (les maux ?) de Fabrice Neaud.

Quant au dessin c’est la même chose. Du noir et blanc, pas d’artifice, juste la réalité au bout du crayon. De la précision, de la délicatesse, de l’authenticité. A l’image du récit. Toute l’oeuvre est parfaite.

Un récit bouleversant, criant de justesse, de délicatesse. A tous ceux qui pensent que la bande dessinée n’est pas de la littérature et ne raconte rien, lisez Fabrice Neaud et vous ne pourrez que changer d’avis.

[Littérature] Journal T. 1 et 2 par Fabrice Neaud

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One Response to “[Littérature] Journal T. 1 et 2 par Fabrice Neaud”

  1. Kliban February 10, 2013 at 10:28 am #

    Je vous rejoins, larfement. À cela près qu’il n’est pas indifférent que le héros soit homosexuel. S’il est vrai que la nature de ses sentiments est universelle, de cette qualité telle que la plupart des lecteurs pourront en être touché, il n’en reste pas moins que l’isolement du Fabrice de ces deux premiers tomes – et, il faut le croire, celui de leur auteur – n’est pas celui d’un hétérosexuel. C’est bel et bien aussi celui d’un homosexuel, en Province, dans ces années là, dans un environnement largement homophobe. Oui, les sentiments de ces tomes nous renversent mais pas seulement parce qu’ils témoignent de la douleur affective réelle de “l’amour impossible” – on n’aurait alors affaire qu’à un énième avatar du romantisme, certes fort talentueux – mais aussi et peut-être, je crois plus profondément, surtout de ce que les sentiments surgissent d’une sensibilité en position dans un certain espace social. Et que les sentiments et les désirs en jeu etaient et sont encore minoritaires. Le propos de ces volumes est donc politique, en un sens aigu parce qu’ancré dans un vécu qui n’hésite pas, avec pudeur, mais sans concession à la pudibonderie contemporaine, à dire “je”.

    Et ce point explose littéralement dans le chef d’œuvre qu’est le tome III (dont il existe deux éditions, l’auteur l’ayant recemment étendu) qui tisse au plus juste et au plus bouleversant cette idée que l’amour est politique, que le sexe est politique et que l’image est politique. Sans jamais nous asséner de grande thèse abstraite, mais non sans une réflexion intensément nouée au récit, dans la chair de la situation vécue, de sa dévastation sur une vie. Ce bouquin m’a laissé en un état dont je ne suis toujours pas sorti. C’est un pavé d’émotions et d’idées dont il n’existe que peu d’exemples de nos jours, une “écriture” tout à fait magistrale.

    Merci en tout cas de le rappeler le plaisir et le choc que m’ont fait la lecture de ces œuvres.

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